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Gestion d'exploitation

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Les haies sont parfois considérées dans d'autres départements français comme de la forêt, à juste titre puisqu'elles sont en effet de véritables boisements linéaires. Plus que de simples alignements de végétaux, les haies jouent bien d'autres rôles trop souvent oubliés dans notre gestion quotidienne. Bien plus qu'une simple considération paysagère,du maintien des sols à la production de bois, en passant par l'amélioration de la qualité de l'eau, la haie a toute sa place dans notre société moderne.


Haie, d'où viens-tu ?


L'histoire forestière de notre département a relégué naturellement l'intérêt porté aux haies au second plan. Dans d'autres régions où la forêt est moins abondante, les haies ont longtemps été plébiscitées et appréciées. Ces régions bocagères ont rapidement vu tout l'intérêt qu'elles pouvaient tirer des boisements linéaires. Chez nous, les haies champêtres ont rarement été des haies voulues. Elles se sont, la plupart du temps, développées naturellement au droit d'un pierrier, d'une limite séparative entre deux parcelles agricoles ou encore aux abords d'une parcelle de vigne abandonnée.

De ce fait, nos haies vosgiennes possèdent généralement un caractère naturel qui n'est pas des plus valorisant, en particulier du point de vue économique. Laissant faire la nature, les premières espèces à coloniser les espaces délaissées sont les fructicées. L'épine noire, l'aubépine, l'églantier, sont autant de plantes pionnières et post-pionnières qui composent les prémices des haies naturelles. Ce n'est que plus tard, que quelques arbres profitent de cette ambiance forestière pour se développer. Les épineux précités n'ont pas forcément bonne presse et ceci explique en partie les arrachages qui sont menés ici et là. Pourtant, si l'on y regarde de plus près, les haies possèdent bien des avantages ; nous en sommes tous bénéficiaires et il serait temps de les reconsidérer.

Haie, où vas-tu ?

Les remembrements sont fréquemment montrés du doigt dans la perte des haies existantes. Il est vrai que c'est souvent à cette occasion que celles-ci tendent à disparaître de nos paysages de façon drastique. Pourtant, ceci n'est que le reflet d'une réalité quotidienne moins visible, moins évidente, mais aux effets tout aussi dévastateurs. Si les haies disparaissent petit à petit, c'est qu'elles subissent purement et simplement les évolutions de nos modes de vie. Hier encore, nous fréquentions les haies pour récolter les petits fruits et en faire des confitures ou des alcools. Hier encore, nous venions prélever ici, des rames à haricot, là des rameaux de saules pour la vannerie. Hier encore, les haies étaient entretenues par ceux qui y trouvaient un intérêt pour la production du bois de chauffage. Mais, en quarante ans, le visage du monde rural s'est modifié de façon étonnante. Le nombre de ruraux n'a cessé de régresser, les modes de chauffage ont changé et le matériel mis à disposition des gestionnaires de l'espace est lui aussi devenu totalement différent. Tous facteurs cumulés, le constat est sans appel : les haies tendent à disparaître, petit à petit, insidieusement et ceci est dommageable pour nous tous.


Haie, qui es-tu ?


Il existe une multitude de sorte de haies ; on pourrait même dire que chacune d'entre-elles est spécifique, au vu des végétaux qui la compose, en fonction de leur taille, en rapport avec la façon dont elle est gérée, compte-tenu de la biodiversité qu'elle abrite ou encore des rôles qu'elle joue. Il existe une typologie classique souvent utilisée dans la bibliographie faisant référence aux haies. Celles-ci sont souvent classées en fonction de leur hauteur et des végétaux censés la composer.


On identifie ainsi trois grands types de haies :

- les haies basses composées d'arbustes et ou arbrisseaux,

- les haies moyennes composées d'arbustes et ou arbrisseaux et de petits arbres,

- les haies hautes, composées d'arbustes, d'arbrisseaux et d'arbres.

Ces types sont évidemment arbitraires : les stades intermédiaires existent à l'état naturel ; en fait, les haies peuvent êtres également identifiées en fonction d'autre critères, haie d'agrément, haie mellifère, haie clôture, haie limite... De la même façon, une haie composée d'arbres de haut jet et qui serait systématiquement rabattue à deux mètres deviendrait une haie basse.


Haie, que fais-tu ?

Que font les haies, pourquoi certains s'acharnent-ils ainsi à les défendre ? Pourquoi, et c'est le cas dans les Vosges, leur reconstitution est-elle aujourd'hui subventionnée ? Souvent les haies jouent et remplissent plusieurs rôles à la fois .


La haie productrice

Depuis longtemps déjà, on reconnaît quatre grands rôles aux haies. Celui qui est historiquement toujours mis en avant concerne la production.

Considérez une haie d'un kilomètre, avec un arbre de haut jet tous les 8 mètres, des arbres de seconde grandeur, des arbustes et arbrisseaux en bourrage : nous sommes, ni plus ni moins, en présence d'une forêt linéaire. Cette forêt linéaire, possède des capacités de production de bois d'œuvre et de bois d'industrie au même titre que la forêt traditionnelle. Il est en effet possible de reconsidérer les haies comme de véritables outils de production, capable de redonner aux gestionnaires de l'espace une image différente de celle qu'elle véhicule aujourd'hui. Des essences de pleine lumière comme le Frêne, le Merisier ou encore le Robinier faux-acacia peuvent rapidement constituer un revenu conséquent, si l'on a pris soin d'éduquer les tiges. Les régions de l'Ouest de la France, plus généralement démunies en forêt que nous, savent bien ceci et, depuis longtemps déjà, le bois des haies émondées sert au chauffage des fermes.


Les menus produits, eux-aussi, un peu perdus de vue dans l'air du temps, représentent néanmoins une source de production des haies. On peut citer, par exemple, les petits fruits (mûres, cynorhodons, alises, prunelles ...) pour les confitures et les eaux-de-vies, les noix et noisettes, les fleurs des essences mellifères visitées par les abeilles pour confectionner le miel, les tiges de Cornouiller pour faire des manches ou des rames à haricot, les rameaux de viorne et de saules utilisés pour la vannerie...

Autant d'usages aujourd'hui anecdotiques, mais qui faisaient dans des temps pas si lointains, que les haies étaient autrement perçues et valorisées.


La haie, élément majeur des paysages ouverts

Voilà bien une notion qui nous concerne tous, la beauté du paysage ! même si cela ne se discute pas, ce doit même être intimement lié au vécu de chacun.


Le fils d'un paysan de la Beauce n'aura certes pas la même sensibilité à la haie que le fils d'un exploitant du Morvan. Pourtant, nul ne peut nier le rôle paysager de la haie : elle marque les contours, souligne les reliefs, délimite les territoires, évite en somme la banalisation du paysage, notamment dans les zones à faible relief. Il est vrai que notre département, offre d'Est en Ouest une seconde diversité des paysages et la sensibilité ou l'intérêt d'avoir des haies sur le territoire n'est évidemment pas égal partout. Pas question non plus de vouloir faire des Vosges une région bocagère, là n'est pas notre culture. Mais, entre le paysage d'openfield et le paysage bocager, il est possible de trouver une alternative. Ce juste milieu, composé d'un réseau de haies harmonieux et réfléchi par rapport aux différentes contraintes et aux différents utilisateurs de l'espace, correspondrait plus à la culture vosgienne. Parfois, à trop vouloir en faire, on produit l'effet inverse de celui recherché ; ceci vaut également dans le cas du paysage. L'important n'est pas tant le nombre de kilomètres de haies installées, mais plutôt leur juste positionnement dans le paysage rural. Si l'on se rapproche des bourgs et des villes, les alignements végétaux peuvent également aider à l'intégration paysagère de certains bâtiments industriels ou agricoles.


La haie, facteur de diversité


Dans notre département, la mise en place de haies champêtres hors agglomération peut faire l'objet d'aide de la part du Conseil Général et de la Fédération Départementale des Chasseurs des Vosges.


Ce n'est pas un hasard si les chasseurs s'intéressent aux haies. Celles-ci sont bénéfiques à la faune et plus généralement au petit gibier et aux oiseaux. Chacun sait que l'équilibre d'une espèce est souvent lié à la présence de nombreuses autres. Ainsi, à y regarder de plus près, si la petite faune peut se développer, c'est bien parce que l'ensemble de la chaîne alimentaire et des conditions favorables à la reproduction et à la survie de l'espèce est présente. La haie favorise donc la biodiversité, qu'elle soit végétale ou animale. Les plantes trouvent là des conditions favorables pour se développer et les animaux profitent des abris et de la nourriture mise à disposition, parfois trop rare dans les plaines. Les réseaux de haies, quand ils sont encore suffisamment denses, servent à la circulation des animaux, soit directement dans la haie, soit à proximité directe de celle-ci. Enfin, en arboriculture, par exemple, certaines régions redécouvrent l'intérêt des haies, dans la mesure où elles accueillent des auxiliaires de cultures (insectes pollinisateurs, prédateurs, pouvoir tampon...) permettant de raisonner les intrants agricoles.


La haie, atout pour protéger


Dernier rôle attribué aux haies, mais pas des moindres, la haie protège. Cet atout a souvent totalement été perdu de vue, oublié, voir négligé dans nos régions où les éléments ne se déchaînent que de temps à autres. La nature nous rappelle pourtant de plus en plus fréquemment à l'ordre et, si il est un rôle qu'il ne faut pas oublier, c'est bien celui ci !


L'atout vent


La haie protège de diverses façons. L'exemple le plus fréquemment cité concerne le vent. Une haie brise-vent correctement implantée (haie feuillue bien orientée et composée de tous les étages de végétation, capable de freiner le vent) peut diminuer de 30 à 50 % la vitesse du vent, réduire l'évaporation de 20 à 30 %, tempérer les écarts brutaux de température de + ou - 5 degrés derrière la haie. Véritable protection microclimatique, on voit ici se dessiner les usages judicieux que nous pourrions faire des haies, à l'époque où l'on parle de maîtriser l'énergie. Les hivers venteux, gagner 4 degrés dans un bâtiment, c'est gagner à coup sûr, du point de vue économique.


Les effets d'une bonne haie brise-vent se font ressentir sur une distance variant de 10 à 20 fois la hauteur de la haie soit environ 150 m pour une haie de 10 m de haut ! L'agriculture moderne a souvent perdu de vue ces considérations. Pourtant, qui n'a pas vu le bétail à l'abri des arbres par de fortes chaleurs ou de fortes pluies, qui n'a pas observé les phénomènes de verse dans les mortes plaines ? Moins visible, mais tout aussi vrai, les haies au pied desquelles la rentabilité est, certes moindre, mais qui apportent quand même un bénéfice à la parcelle agricole, dans la mesure où elle lutte contre l'évapotranspiration à plus grande échelle. Les études menées donnent d'ailleurs des seuils de surface à partir desquelles on observe le bénéfice du brise-vent sur la production.


L'atout terrain


Les récents événements pluvieux d'octobre 2006 nous ont rappelés, que l'eau avait une force difficile à maîtriser. Le ruissellement a provoqué ici et là des coulées de boue, phénomènes normalement peu fréquents dans nos contrées. Plusieurs raisons sont imputables à ces transports solides (importantes surfaces de sol nu en automne-hiver, taille des parcelles cultivées, événements climatiques exceptionnels, façons culturales défavorisant l'infiltration de l'eau...), les raisons peuvent être multiples et parfois se cumuler. Dans le même temps, la modification de l'organisation de l'espace rural a, par là-même modifié de façon drastique l'écoulement des eaux. Ne rencontrant plus aucun obstacle au ruissellement, l'eau prend de la vitesse et de la force, arrache au sol la terre qu'elle déposera dans les maisons, les rues et les rivières.


Si l'érosion est en soit un phénomène naturel, ce type de catastrophe doit nous mener à reconsidérer notre fonctionnement. Les haies peuvent apporter une réponse intéressante : les études menées montrent qu'un réseau de haies judicieusement implanté peut multiplier la distance d'écoulement par 3, donc le temps qu'il faudra pour rejoindre les cours d'eau. Ceci a pour effet d'atténuer les phénomènes de crue (2 fois plus faibles dans les bassins versants bocagers). Les haies ont la capacité de réguler le régime des eaux de ruissellement en favorisant l'infiltration de celles-ci dans le sol. Ainsi, on limite l'érosion des sédiments par un piégeage des particules en suspension dans l'eau et la limitation de la vitesse d'écoulement permet de lutter contre la création de ravines, notamment dans les champs en pente.


Coté qualité de l'eau, la haie se démarque à nouveau : la capacité des végétaux à consommer un certain nombre d'intrants n'est pas à négliger. Pour exemple, un test mené sur une culture de céréale avait démontré que le taux de nitrate dans le sol avait été divisé par trois à l'aval d'une haie par rapport à l'amont de la haie positionnée dans une pente. On mesure ici tout l'intérêt que peut avoir la haie, non seulement d'un point de vue gestion locale, mais aussi d'un point de vue plus général. Ce n'est pas un hasard si certains grands groupes gestionnaires de sources, investissent aujourd'hui dans des programmes massifs de mise en place de haies... L'eau, faut-il le rappeler, est un bien plus que précieux et il nous appartient de prendre conscience de l'importance de ce patrimoine commun.


Pour que haie vive


Que des avantages, la haie ? Non, ce serait hypocrite de dire cela, on voit bien que d'un point de vue général, les haies ont des effets globalement positifs pour la société (lutte contre la pollution, protection des sols, prévention des inondations, amélioration de la biodiversité, production, intérêt paysager). Alors, reste à comprendre pourquoi celles-ci tendent à disparaître de nos paysages.


Les politiques agricoles successives sont certes à mettre en cause et, jusqu'à très récemment, les différentes mesures tendaient plutôt à inciter à la destruction plus qu'à la création. L'évolution du monde rural avec la perte de certains centres d'intérêt à elle aussi joué un rôle certain.

Enfin, il est toujours facile de critiquer et de donner des conseils quand on n'est pas gestionnaire ; ce que l'on perd souvent de vue, c'est qu'une haie demande du travail. On remarquera que si les haies existent dans les régions bocagères, c'est bien parce qu'elles sont entretenues et gérées. Une haie, par nature, tendra à croître en hauteur et surtout en largeur. Quand on sait qu'en moyenne, l'entretien d'un boisement linéaire coûte entre 40 et 70 euros de l'heure, on touche là le véritable handicap de la haie. Indéniablement, le monde d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier, et vouloir revenir en arrière paraît bien utopique. Pourtant les haies, nous l'avons vu, sont une nécessité. Reste à trouver la place que nous voulons leur réserver dans notre espace.


Haie d'honneur

Aujourd'hui, dans notre département, il est possible, sous certaines conditions, d'obtenir des financements pour l'implantation de haies champêtres hors bourg, à hauteur de 80% du coût total du projet. Les financeurs que sont le Conseil Général et la Fédération des Chasseurs des Vosges ont décidé de mettre la haie à l'honneur. Soutenues dans leur action par la D.D.A.F., le C.A.U.E.* et la Chambre d'Agriculture des Vosges, les personnes intéressées peuvent bénéficier de conseils pour le montage et le dépôt d'un dossier auprès de l'un de ces interlocuteurs.


Le constat est là : pour être valorisée, une haie doit avoir une vocation, être entretenue et suivie. Il est donc important de réfléchir son projet. En effet, si on souhaite pérenniser la haie, son implantation doit être judicieusement pensée. Bien conçue, la haie ne doit pas être une contrainte. L'implantation d'une haie engage le propriétaire sur le long terme. Aussi, il est nécessaire de se demander, quand on veut créer une haie, pourquoi, comment, où et qui l'entretiendra.


Les acteurs locaux peuvent êtres mis à contribution : les collectivités, les associations foncières, l'apiculteur du coin, les associations de chasse et de protection de l'environnement, promptes à défendre les haies, sont autant d'interlocuteurs avec lesquels on peut trouver des solutions pour la création et l'entretien.


C'est bien aujourd'hui que se dessine le paysage de demain que nous laisserons à nos descendants et nous nous engageons sur la qualité de l'environnement futur. Les haies ont plus que leur place dans ce cadre ; c'est bien à la société entière et pas uniquement aux gestionnaires de l'espace rural d'en prendre conscience. L'investissement temps, travail, argent est une des clés et il appartient à tous d'apporter sa contribution, si infime soit elle, pour ouvrir cette porte qui fera que les haies seront présentes dans les paysages de demain.


* C.A.U.E. : Conseil en Architecture, Urbanisme et Environnement

BOULANGE Xavier

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